pourquoi Georges ?

« Avant de fendre avec le fer une plaine qui nous est inconnue, ayons soins d’étudier au préalable les vents, le climat qui varie d’un ciel à l’autre, les modes de culture traditionnels et les dispositions ancestrales des terrains, les productions que donne chaque région et ce qu’elle refuse. »
Georgiques, livre I, Virgile

SE CHOISIR UN NOM
Se choisir un nom est un exercice exigeant. Comment évoquer une posture, incarner un état d’esprit sans trahir ou réduire notre propos ? Comment éviter la sur- signification et parler à tous ?

Nous avons fait le choix d’un prénom que chacun d’entre nous peut incarner à tour de rôle, un nouvel être vivant à qui l’on demande conseil face au délicat problème du vivre ensemble. Un prénom simple, que nous avons tous croisé un jour, pour que le premier échange soit l’évocation d’une histoire commune ou d’un souvenir oublié. Un prénom aux racines évocatrices, qui incarne notre posture commune plutôt que la somme de nos individualités : ce qui nous intéresse n’est pas qui est Georges mais ce qu’il fait. Georges, en grec ancien Georgius signifie “celui qui travaille la terre” et incarne donc la posture du laboureur: la culture du sol par l’Homme. C’est un point de départ : une approche compétente des dynamiques naturelles avec lesquelles l’Homme se doit de négocier avec ingéniosité. La Ville-Nature ne compte pas parmi nos revendications, c’est une donnée d’entrée. Notre engagement se concentre davantage sur les méthodes et outils de sa mise en pratique.

LE PROJET URBAIN, UNE OEUVRE COLLECTIVE
La complexité du projet urbain et l’impératif du développement durable favorisent l’émergence puis la compilation d’une multitude d’indicateurs que l’on organise sous forme d’analyses multi-critères pseudo objectives. Nous les avons expérimentées et sommes convaincus que cette méthode désincarne la démarche de projet urbain : elle trouble plus que n’éclaire et favorise la confusion au lieu de poser les bonnes questions. Cela aboutit le plus souvent à des incohérences ou à des figures vides de sens (corridors “verts”, végétalisation qui dissimule au lieu de composer…). Plus grave encore, cette méthodologie installe les élus, les techniciens, les usagers et les habitants dans une position de dépendance face à la puissance des chiffres ou la sophistication d’un indicateur.Il ne faut pas oublier que ces démarches ne sont qu’une façon de se représenter la réalité et qu’il ne faut pas les considérer comme des lois naturelles.
L’attribution d’une valeur aux choses est une oeuvre collective que nous ne voulons pas confisquer. Nous sommes les défenseurs de la subjectivité de l’analyse, le site se révèle progressivement par un important travail de tri de la part de l’urbaniste à l’écoute et en compétences. Les accroches sont multiples : ici, la question du rapport aux ressources naturelles, là, la primauté des usages, plus loin, la force symbolique d’un paysage ou d’une architecture par rapport à laquelle nous sommes force de proposition.
Cela suppose le renouvellement du processus de fabrication urbaine – que beaucoup se limitent à incanter plutôt que d’incarner. Pour cela, nous souhaitons agir de la stratégie territoriale à la maîtrise d’oeuvre urbaine et architecturale – en convoquant de manière simultanée les deux logiques qui nous constituent : une logique de coordination et une logique de façon.